Café Numérique à Namur : conférence sur la liberté d’expression au Quai 22

Café numérique

Les Cafés Numériques existent depuis déjà 4 ans et prennent place dans une douzaine de villes. Régulièrement, des conférences gratuites sont proposées au public. Les thèmes abordés, divers et variés, étant toujours en rapport avec l’aspect numérique.

Au menu du soir, trois intervenants venus débattre de liberté d’expression, vaste sujet s’il en est. En première partie, une présentation de différents aspects juridiques par Alex Cruquenaire, avocat spécialisé en propriété intellectuelle et technologies de l’information. Du droit à l’état pur donc, fatalement un peu chiant (dixit l’intéressé).
Une entrée en matière intéressante, avec un avocat sympathique et ouvert à la discussion.

Peu familier des lieux, on est surpris de découvrir dans l’assistance des gens visiblement plein d’humour. Notamment l’un des responsables du Café Numérique, alias l’homme qui a le vibreur le moins discret du monde.

Deuxième orateur du jour, le dénommé Cedubeton, serial twitter très populaire en nos contrées. Journaliste de son état, qui se plaît à traquer les what the fuck du net et autres jeux de mots pourris de la presse francophone. Dans les faits, principalement sur les sites de la dh, 7sur7 et autres sudpresse.

qui fait le malin tombe dans le vagin

L’homme est jovial, l’ambiance détendue. Pour reprendre un commentaire twitter : le cedubeton fait son one man show, Dan Gagnon n’a qu’à bien se tenir! Et oui, apparemment, cela se veut ici un compliment.             

Le moins que l’on puisse écrire est qu’il y a matière à sarcasme quand on évoque le trio gagnant du titre racoleur made in Belgium. Encore plus drôle (ou effrayant, c’est selon) : les commentaires des internautes sur les sites susnommés. Ou comment perdre tout espoir en la race humaine. Que cela verse dans le racisme le plus primaire ou l’humour bien gras, les exemples sont légion. Bien à l’abri derrière son écran et sans le regard sanctionneur d’un être humain, l’internaute ne se pose pas toujours de limite. Le café du commerce est désormais transposé sur la toile, l’effet amplificateur du web en plus.

Mais si tant de commentaires sont aussi affligeants, pourquoi ne sont-ils pas modérés par les journaux? La réponse est aussi simple que cynique : cela attire du clic facile et donc des revenus publicitaires. Tant que les audiences seront calculées sur le cim, rien ne changera. Une décision commune des acteurs du secteur serait nécessaire pour trouver un autre modèle. On en est loin actuellement.

Morceau de choix pour clôturer la soirée, la présence de Marcel Sel. Son cv est connu : auteur, chroniqueur, blogueur… mais pas journaliste professionnel. Non par choix mais tout simplement parce qu’il n’a pas le droit de se présenter ainsi. En effet, il faut effet réaliser plus de 50% de son chiffre d’affaires en journalisme pour avoir la permission d’utiliser ce qualificatif. Vision corporatiste quelque peu arriérée à l’ère numérique mais soit. En l’état, les écrits du monsieur font passer bien des professionnels pour des amateurs. Les statistiques de son blog sont là pour prouver l’intérêt qu’il suscite.

marcel ok

Sur son site, ce journaliste de blog évoque les sujets qu’il estime mal traités par la grande presse et propose son point de vue, salé et salutaire, sur l’actualité.

Ce qui lui vaut parfois d’être malmené par certains confrères. Un emmerdeur, un empêcheur de tourner en rond le Marcel. Un indispensable. Notamment quand il est le seul à aborder l’affaire Milquet.

Son but est de provoquer des réactions, de faire réfléchir. En Belgique, il n’y a pas, ou si peu, de culture de la polémique. Pas de Canard Enchainé, pas de Charlie Hebdo, pas de Hara Kiri. La presse et le citoyen sont assez plan plan dans l’ensemble. Ce n’est pas une partie du public, les yeux rivés sur l’écran de son smarthpone et en train de faire joujou avec le tweetwall installé pour l’occasion, qui le contredira.

Comment réveiller cette citoyenneté endormie, aseptisée? Quel avenir pour le journalisme d’opinion, celui qui fait bouger les lignes? Quel modèle économique peut-il être viable (abonnements purs à la Mediapart)?

Voici le type de questions qu’on aurait aimé poser si on avait eu le temps. Mais voilà, quiquonque a eu l’occasion de lire Marcel Sel connaît sa passion et son incapacité à faire court. Le timing de la conférence est donc largement dépassé. Tant pis, ce n’est que partie remise. On l’espère en tout cas.

Comment conclure sans aborder l’aspect numérique de la soirée? Twitter est un outil magnifique, notamment pour troller. C’est comme ça, on n’y peut rien. Cette soirée n’y a pas échappé.
Les mêmes qui ricanaient devant la bêtise des commentaires trouvés sur sudpresse, se sont retrouvés à glousser au passage de leurs tweets sur le tweetwall une heure plus tard. Magnifique mise en abîme.
Bien sûr, le but n’était ici qu’une private joke bon enfant et l’heure était tardive (en même temps, personne ne les obligeait à rester).

Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux est recommandé, c’est évident. Invoquer le second degré tout en se prenant très au sérieux est malheureusement de plus en plus tendance. Sur twitter comme ailleurs.

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